Tenute Al Bano : l'Éloge du Temps et de l'Authenticité
- il y a 15 heures
- 6 min de lecture

C’est au cœur des Pouilles, là où le temps semble s'être doucement arrêté, que nous avons poussé les portes des Tenute Al Bano. Nous vous invitons à découvrir ce domaine unique à travers un échange captivant et mené en toute authenticité avec Olivier Verbeelen, Resort Manager des lieux. Loin des clichés du luxe standardisé, il nous livre avec passion sa vision de l'hospitalité, du respect de la terre et de l'art de vivre à l'italienne. Voyage au cœur du vrai.
Maison Cosy : Lorsque l’on franchit les portes des Tenute Al Bano, on a le sentiment d’entrer dans un monde à part. Si vous deviez raconter ce lieu sans évoquer ni l’hôtel, ni le vin, que diriez-vous ?

Olivier Verbeelen : Ce lieu est la traduction parfaite de ce que notre territoire représente et peut offrir de plus pur : l’authenticité. C’est un point fondamental pour nous. Le monde du tourisme a énormément évolué au fil des décennies. Aujourd’hui, ce que la plupart de nos hôtes recherchent, ce n’est pas simplement un hébergement ou un séjour dans un énième endroit de luxe standardisé. Ils cherchent une découverte, un vécu, des rencontres et des expériences. Le véritable luxe, selon notre vision, c'est l'authenticité. Pour cela, il faut une structure qui embrasse et respecte parfaitement la terre qui l'accueille.
Maison Cosy : C’est joliment dit. On se demande justement si le luxe contemporain ne réside pas là : une invitation à ralentir, à profiter de cette harmonie parfaite entre la nature et un lieu qui en fait partie intégrante. Pour vous, c’est cela, le luxe aujourd’hui ?
Olivier Verbeelen : Absolument. Le vrai luxe aujourd'hui, c’est le temps. Celui que l'on s'accorde. Dans la vie quotidienne, on entend sans cesse cette phrase : "Je n'ai pas le temps". On court après les minutes, on ne prend plus le moment de savourer les choses ou de se dédier pleinement à ses proches, pris dans l'engrenage du quotidien. Quand on vient séjourner chez nous, le luxe que nous offrons, c’est la possibilité de s’arrêter. Le temps de discuter avec l'hôte, de découvrir la région, ses traditions, sa culture, son histoire et surtout les personnes qui y vivent. Ce sont elles, les femmes et les hommes du domaine, qui incarnent la mémoire et le cœur de notre hospitalité.
C'est d'ailleurs pour cette raison que nous faisons partie, depuis cinq ans, de la communauté d'hôteliers et de restaurateurs Teritoria, fondée en 1975 et présidée par Alain Ducasse. C'est un réseau unique qui privilégie une hospitalité profondément humaine. On y prône le respect de l'environnement — à travers des actions concrètes au quotidien pour réduire nos émissions de serre ou éliminer le plastique — mais aussi le respect de nos équipes.
Une Masseria chargée d'Histoire
Maison Cosy : Comment s'articulent les espaces et les activités aux Tenute Al Bano ?
Olivier Verbeelen : Le domaine est un véritable écosystème qui s'étend sur environ 150 hectares et abrite plusieurs activités. En ce qui nous concerne, nous gérons la partie hôtelière avec ses 40 chambres, le spa et la piscine estivale, tandis qu’une autre équipe s'occupe du restaurant, installé dans les anciennes étables de la ferme.
Au-delà de l'hôtellerie, le domaine viticole produit aujourd'hui 1,5 million de bouteilles de vin par an — une belle production, même si les Pouilles comptent des structures encore plus gigantesques, la région étant le deuxième producteur de vin en Italie. Il y a également la société agricole, dédiée à l'entretien de nos vignes et de nos oliviers, et enfin la maison discographique. C'est le studio d’enregistrement et le bureau d'Al Bano, là où tout a commencé à Cellino San Marco. C’est ici que se trouve la maison privée de l'artiste et de sa famille.
Maison Cosy : Quand on explore le domaine, on ressent une immense cohérence. Vous exploitez la beauté et l'histoire de la terre, notamment à travers cette superbe Masseria qui a quatre siècles d'existence.
Olivier Verbeelen : La Masseria est en effet le cœur historique, cette ferme fortifiée typique des Pouilles. Mais il faut savoir que 80 à 90 % du village que vous voyez aujourd’hui a été créé de toutes pièces par l'artiste à partir des années 70. À l'origine, ce n'était pas du tout pensé pour être un hôtel. Al Bano avait conçu ce lieu comme un village d'appartements pour loger des familles à l'année. La majeure partie des résidents étaient alors des militaires américains de l'OTAN, basés à San Vito dei Normanni, qui avaient l'autorisation de loger en dehors de la base.
Après la chute du mur de Berlin en 1989, puis les attentats de 2001, les derniers militaires ont été rappelés aux États-Unis. C'est à ce moment-là que l'artiste a repensé l’avenir du lieu. Il a commencé à diviser les appartements existants pour créer des chambres, pour arriver aujourd'hui à cet hôtel quatre étoiles. Les chambres sont dispersées dans la nature selon le modèle de l'Albergo Diffuso (l'hôtel diffus), au milieu des jardins, des étangs et de la chapelle, recréant la vie intime d'un authentique village italien. C’est d'ailleurs cette même philosophie architecturale qui a inspiré plus tard de célèbres établissements de la région, comme Borgo Egnazia.
Un Musée à ciel ouvert du savoir-faire local
Maison Cosy : Le domaine semble fonctionner comme un hommage vivant à la culture locale. Comment intégrez-vous l'artisanat des Pouilles dans ce décor ?
Olivier Verbeelen : Le domaine est une sorte de petit musée à ciel ouvert sous deux facettes. La première célèbre la carrière d'Al Bano : les ruelles et les places portent le nom de ses grands succès ou des personnes clés de sa vie. La seconde facette est un hommage vibrant au savoir-faire et aux artisans du Salento. Pour bâtir ce village, nous avons utilisé exclusivement la pierre de Lecce (pietra leccese). Tout le mobilier — les lits, les tables, les portes — a été façonné en bois d'olivier au sein de notre propre menuiserie. Enfin, les objets de décoration et les céramiques proviennent directement de Grottaglie, un village voisin réputé depuis des siècles pour cet art.
Maison Cosy : S'il y avait un coin secret, un arbre ou un monument qui incarne le plus cette richesse historique, quel serait-il ?
Olivier Verbeelen : Il est difficile de n’en choisir qu’un seul, car chaque recoin apporte sa pierre à l'édifice. Nous avons des oliviers millénaires et un bois primaire préservé de 60 hectares, dernier vestige d'une immense forêt historique. Des personnages incroyables ont foulé ces terres : l’empereur Frédéric II du Saint-Empire y chassait en 1225. Plus tard, en 1860, lors de l’Unité italienne, ce bois a servi de refuge secret à la résistance du Sud face aux troupes venues du Nord.
Lors de nos visites guidées quotidiennes, nous faisons voyager nos hôtes à travers ces époques : de la carrière de l'artiste aux secrets de la province de Brindisi, qui remontent à l'Empire romain. À l’époque, cette zone était stratégique car Brindisi, reliée à Rome par la Via Appia, était le port de départ vers l'Orient, la Grèce, et plus tard le point de ralliement des Croisés vers Jérusalem. C’est un lieu qui traverse l’histoire, et l’histoire qui traverse le lieu.
Les Pouilles : La Terre du Guépard
Maison Cosy : Les Pouilles attirent aujourd'hui les voyageurs du monde entier. Selon vous, qu'est-ce que cette région a su préserver que d’autres destinations méditerranéennes ont parfois perdu ?
Olivier Verbeelen : Beaucoup de destinations méditerranéennes, comme la Côte d'Azur ou la côte amalfitaine, ont privilégié un tourisme de luxe de masse et y ont un peu perdu leur âme. Dans les Pouilles, et particulièrement dans le Salento, on peut encore pousser la porte de villages restés figés dans le temps. On y croise le tailleur de 80 ans qui travaille sur sa machine à coudre d'il y a 50 ans, la porte grande ouverte sur la rue. Le soir, les voisins s'installent encore dehors, sur le pas de leur porte, pour discuter. On retrouve cette atmosphère authentique et populaire des anciens cafés d'autrefois. C'est un voyage de 30 ou 40 ans en arrière, au cœur de demeures historiques restées dans leur jus du XIXe siècle.
Le Sud de l'Italie est souvent comparé à la terre du film Le Guépard. Il y a cette célèbre réplique où le prince sicilien explique que notre territoire est condamné à suivre l’évolution, mais pour mieux revenir en arrière. C’est une modernité subtile : ici, il n'y a pas le réseau ultra-connecté de transports que l'on trouve en Toscane ou en Lombardie. Pour circuler, il faut louer une voiture. Cela peut surprendre ou déplaire à certains citadins à leur arrivée, mais c'est précisément ce qui protège notre authenticité. Quand on choisit de séjourner dans une Masseria au cœur des Pouilles, c'est exactement cette déconnexion texturée que l'on vient chercher.
Maison Cosy : Pour conclure, si vous deviez choisir un seul mot italien pour résumer l'âme des Tenute Al Bano, quel serait-il ?
Olivier Verbeelen : Sans hésiter : Felicità (le bonheur).
*Retrouvez Tenute al Bano sur Instagram ou directement sur leur site internet

















Commentaires